Le carnaval est un moment magique pour toutes les populations qui y participent. Il est fêté dans de nombreuses régions du monde. Sous les tropiques de Guyane et dans les pays voisins ou les isles caribéennes, il donne lieu à une débauche de couleurs et de rythmes effrénés propre aux raçines culturelles multiples des carnavaliers. 

     L'histoire, les représentations communautaires, les jeux de rôles ou de comportements, la richesse des costumes participent à donner au carnaval guyanais cette allure de fête joyeuse, exubérante et burlesque.

    Le carnaval va durer trois mois, du premier dimanche après l'épiphanie jusqu'au mercredi des cendres (huit semaines). Chacun va profiter de la fête, de son ambiance, qu'il soit spectateur ou qu'il appartienne à un de ces nombreux groupes qui ne vont pas manquer de défiler au son des instruments à percussion ou à cordes, tous les dimanches de cette longue période, à Cayenne, à St Laurent du Maroni ou à Kourou.

    A l'origine le carnaval est une tradition créole, intégrant des éléments culturels africains et occidentaux. Il permettait durant cette période d'inverser les rôles sociaux et d'imiter de façon espiègle et facétieuse les comportements vestimentaires ou usuels des maîtres ou de personnages plus populaires de la société du 19ème siècle. Puis le carnaval a évolué pour devenir aujourd'hui un outils d'intégration des nombreuses  communautés - créoles, asiatiques, haitiennes, antillaises ou brésiliennes, noirs marrons- djukas, bonis, saramakas- et métros. Il s'agit de la plus importante  fête guyanaise. Fête  des sens et de la créativité.

      Les personnages de l'histoire vont donc retrouver une nouvelle vie au côté d'autres apparus plus récemment. D'abord il y a le roi du carnaval surnommé le roi Vaval qui, intronisé et couronné, le jour de l'épiphanie, finira brûlé, le mercredi des cendres sur un bûcher.

     Mais pas de carnaval sans les immanquables touloulous. Ces dernières sont les reines du carnaval. Ce sont des femmes, soigneusement masquées, costumées en bourgeoises du 19ème siècle avec leur robes élégantes et richement décorées. Ce qui leur permet, sans dévoiler leur identité, de se jouer effrontément des carnavaliers masculins lors des bals paré-masqué. Elles ont seules le droit de séduire.

      Les neg marrons qui sont les descendants des esclaves ayant fui l'esclavage défilent les corps enduits avec de la suie et de l'huile. Ils utilisent parfois des fouets qu'ils font claquer de façon impressionnante. Les je farin, qui représentent les boulangers, entièrement vêtus de blanc,  saupoudrent de farine tous ceux qui passent à leur portée. Les zombis, habillés d' une tunique blanche, reconnaissables à leur bonnet en forme de tête de chat et leur écharpe rouge se chargent du service d'ordre. Ce sont des mauvais esprits.

       Des coupeurs de canne à sucre rappellent le temps de l'esclavage dans les plantations . Ils sont armés d'un sabre d'abattis.  Des représentations satiriques de maîtres nouvellement enrichis ou des balayeuses avec leur balais coco créole, indispensable outils de nettoyage peuvent compléter, selon les années les tableaux traditionnels. Des personnages esseulés apparaissent ici ou là, remontant les groupes, le visage recouvert de masques, évocations effrayantes d'animaux étranges ou endiablés. Dans cette catégorie il y a les Goril qui effraient les enfants et enlèvent les jeunes filles. 

       Mais il y a aussi les fameux mariages burlesques : les filles sont déguisées en garçons et les garçons en fille. Une inversion des rôles soulignée par des comportements espiègles et comiques et des vêtements empruntés à l'autre sexe. Une inversion des sens en surbrillance ! Ils annoncent la fin du carnaval avec l'entrée en scènes, le mardi gras, des diables rouges qui envahissent les rues. Mais ce sont des carnavaliers accoutrés de vêtements blanc et noir, qui procéderont le lendemain, donc le mercredi des cendres, à  l'incinération du roi Vaval. Un sort mérité par ce dernier au vue des innombrables pêchés qu'il aura encouragés, du moins tolérés durant son règne. Ses nombreux sujets peuvent cependant se rassurer, il renaîtra de ses cendres le mois de Janvier prochain. 

       Le carnaval ne saurait exister sans la participation de groupes amérindiens peu nombreux (principalement kali'nas), des groupes brésiliens composés de nombreuses danseuses féminines dont les corps, pailletés,  sensuellement exposés, sont réhaussés parfois d'immenses coiffures de plumes colorées qui ne sont pas sans rappeler les coiffures aztèques, taille XXL. Il y a aussi des groupes de majorettes  ou de pom pom girls, en justaucorps et jupes, dont les participants à la mode US , sur le rythme des fanfares, font tournoyer et virevolter un bâton. Se joignent parfois au défilé des groupes surinamais moins exubérants par leur costume que par leur musique, et même des groupes métropolitains.

      L'évènement s'accompagne d'une effervescence dans la vie nocturne des "lieux de la nuit". Des soirées  dansantes (sambas, mazurkas, piké djouk) et arrosées, chaudement  animées par des touloulous qui se terminent par des vidés : action qui consiste à mettre tout le monde dehors au premières lueurs de l'aube et qui permet de se débarrasser des personnes trop imprégnées.

     On ne saurait oublier que le carnaval est aussi le fruit de centaines d'heures de travail et de préparation : élaboration des costumes, répétition des orchestres, construction des chars,  coordination des défilés et respect des calendriers. Mais le carnaval de Guyane n'est-il pas le plus long carnaval de la région, la continuité vivante de toute une histoire et surtout la principale fête- mais non la seule- de ce département avec des retombées touristiques importantes pour son économie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Les je farin

La ménagère

Les zombis




Les goril

Evocation des bagnards



Touloulou

Trompettistes

Mariages burlesques


Cousin carnavalesque de la Martinique